Gers : c’est l’armagnac 2.0

Gers : c’est l’armagnac 2.0

En décembre, les armagnacs Castarède ont reçu le prix de l'innovation commerciale en armagnac pour la mise en place d'une stratégie digitale (site Internet et réseaux sociaux) lors du concours des Talents de l'armagnac.

L'armagnac deviendra-t-il schizophrène ? Une contre-culture malgré lui ou un pied de nez conscient au mode de vie ultra-rapide ? Pour se mettre à la page, la plus vieille eau-de-vie de France étoffe actuellement sa stratégie digitale.

 

Les producteurs n'ont d'autres choix que d'utiliser Internet pour commercialiser leur produit. Le monde de l'armagnac se trouve dans la situation complètement paradoxale de devoir adopter les codes d'une société hyperconnectée, où tout doit aller très vite, alors qu'il représente un mode de production qui va à l'opposé. La douceur du temps qui passe, l'extraction des tanins au fils des ans, la lente évaporation de l'alcool, l'apparition des arômes de vanille et de pruneau. Le vieillissement n'a pas la même montre que les réseaux sociaux.

Alors qu'il faut dix ans, au minimum, pour développer les arômes d'un bon armagnac, qu'il faudra une demi-génération pour exprimer un résultat unique à force de patience et d'attention et que, dans cet univers, les fils sont fiers de vendre, à l'autre bout du monde, les produits de leurs pères, Internet brise ce rapport au temps.

Des anges hyperconnectés

Le Web dans le chai, l'hyperconnexion de la part des anges, le gazouillis d'un tweet au pied de l'alambic ne sont, en fait, pas si absurdes.

Pour défendre son bout de gras en Chine, en Russie ou à Kuala Lumpur, la vieille eau-de-vie des campagnes du Sud-Ouest n'échappe pas à la nécessaire présence sur les réseaux sociaux. Une photo, un tweet, une page Facebook, un site Internet actualisé régulièrement… L'essentiel est d'être visible. Si possible dans le monde entier.

Les armagnacs Jean-Cavé, Castarède ou Laubade cumulent à eux trois plus de 1 000 followers sur Twitter (des gens qui suivent leur actualité). Le Bureau national interprofessionnel de l'armagnac (BNIA) fait régulièrement bruisser Facebook ou le réseau à l'oiseau bleu de son quotidien.

En décembre, les armagnacs Castarède ont reçu le prix de l'innovation commerciale en armagnac pour la mise en place d'une stratégie digitale (site Internet et réseaux sociaux) lors du concours des Talents de l'armagnac.

Florence Castarède note « un pic de la fréquentation de la page Facebook dès qu'une photo est publiée ». Elle constate en outre que le site des armagnacs Castarède, rénové depuis l'été 2014, a connu une forte augmentation de vues. « Nous savons que les amateurs se tiennent informés de l'actualité de l'armagnac. Espérons que cela soit suffisant à transformer des clics en actes d'achat ! »

Sandra Lemaréchal, chargée de promotion et marketing au BNIA, confirme que l'information, aujourd'hui, se passe sur le Net, et que le temps de l'information n'est pas celui de la consommation. « Les gens recherchent l'immédiateté pour rester informés, mais lorsqu'ils dégustent un armagnac, ils changent leur rapport au temps. Ils savent alors savourer. »

L'armagnac aurait-il le don de suspendre le vol du temps ? Il a en tout cas le pouvoir d'agréger 26 000 fans du monde entier à la page Facebook du BNIA. « Après une campagne d'acquisition sur les pays étrangers, le nombre de fans est passé de 9 000 à 26 000 », précise Sandra Lemaréchal.

« Dès que l'on poste une photo sur les réseaux sociaux, les commentaires démontrent que la consommation n'est pas celle d'un produit de masse marketing. » Autrement dit, le haut de gamme ne s'avale pas goulûment comme un vulgaire soda.

L'armagnac ne rend pas schizophrène, mais propose d'apprendre à prendre son temps.

 

Publié le 19/02/2015 par Gaëlle Richard

 

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